Mots-clef: physique quantique, mécanique quantique, modèles de l'atome
Ref. mq0001
Dernière modification: août 2001
Niveau: élémentaire
Auteur: Christophe Dang Ngoc Chan.
Corrections: Luc Bourhis, Philippe Borrel, Nicolas Couchoud
Notions de physique quantique
But : donner quelques repères historiques sur la physique
quantique, ainsi que quelques concepts
Introduction
La physique quantique est une science obscure pour la plupart des gens ;
pourtant, elle a des applications concrètes, avec entres autres les transistors
qui ont permis l'explosion de l'électronique (ordinateurs, cartes a puces, HiFi,
vidéo...), les lasers (mesure des distances, microchirurgie, CD et DVD), et les
méthodes d'analyse (microscopie électronique, imagerie médicale par résonance
magnétique, analyse chimique par spectroscopie...).
Le but de ce petit historique est de montrer que, si la physique quantique a
été une véritable "révolution culturelle" dans la manière d'appréhender la
nature, elle n'est pas pour autant en rupture mais s'ancre dans les découvertes
du XIXe siècle. Il s'articule en trois volets :
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I - Quantification de l'énergie
La physique a considéré pendant longtemps que l'énergie était continue, c'est
à dire qu'elle pouvait prendre toutes les valeurs dans un intervalle ;
ainsi, lorsqu'une voiture accélère progressivement de 0 à 50 km/h, son
énergie cinétique varie de manière continue de 0 à 15 kJ. Dès le début du
XIXe siècle, certaines observations montrèrent qu'il n'en est pas
toujours ainsi : dans certains cas, l'énergie ne peut prendre que certaines
valeurs déterminées, discrètes (on peut les dénombrer), et aucune autre--elle
est dite "quantifiée". C'est de ce phénomène que la physique quantique tire son
nom.
- 1814 : Joseph von Fraünhoffer découvre que le spectre visible du
soleil n'est pas continu mais présente des bandes noires (la première
observation est de William H. Wollaston, 1802) ; en fait, le soleil émet
une lumière ayant un spectre continu, mais certaines longueurs d'ondes
(couleurs) sont absorbées par les gaz qui entourent l'étoile ;
- 1854 : Gustav Kirchhoff découvre l'absorption et l'émission
caractéristique de la lumière par la matière : la matière n'absorbe que
certaines couleurs (càd longueurs d'onde) et pas d'autres, de même, portée à
incandescence, elle n'émet que certaines couleurs et pas d'autres [#] ; ce sont les raies spectrales ou raies
caractéristiques ;
- 1859 : G. Kirchhoff et Robert Bunsen découvrent la présence de deux
nouveaux éléments chimiques, le césium (Z=55) et le rubidium (Z=37), en
observant leur raies spectrales ;
- 1900 : Max Planck, en étudiant le rayonnement du corps noir, en
déduit que l'énergie électromagnétique échangée est quantifiée : les
échanges se font par morceaux, par "grains d'énergie" et non pas de manière
continue ;
le corps noir est un modèle qui permet d'expliquer pourquoi
le métal devient lumineux lorsqu'il s'échauffe ; il reçoit de l'énergie
de l'extérieur sous forme électromagnétique (lumière visible, infrarouges,
ultraviolets entres autres), et lorsqu'il est à l'équilibre, il émet autant
d'énergie qu'il en reçoit, également sous forme électromagnétique ;
si
l'énergie variait de manière continue, le corps noir posséderait d'après le
calcul une énergie infinie (ce que l'on a appelé la "catastrophe
ultraviolette") ;
- 1913 : Niels Bohr propose un modèle de l'atome où les niveaux
d'énergie des électrons sont quantifiés, càd que l'énergie totale des
électrons ne peut prendre que certaines valeurs (cf. point III) ; ainsi,
les raies spectrales correspondent à des sauts d'électrons entre ces orbites
définies ;
- 1923 : Dirk Coster et Georg von Hevesy découvrent le hafnium (Z=72),
un élément manquant de la table de classification périodique, grâce à ses
raies caractéristiques dans le domaine des rayons X (découverts en 1895 par
Röntgen).
[#] sous forme atomique ; les plasmas, eux,
émettent selon un spectre continu ; notons de plus que les raies
d'absorption et les raies d'émission sont situées aux mêmes longueurs d'ondes
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II - Découverte du photon et de la dualité onde-corpuscule
Aux XIXe siècle, la physique distinguait clairement deux type
d'objets :
- les objets massifs, matériels, que l'on peut définir par une masse, un
volume, une position dans l'espace, que l'on peut certes casser ou coller,
mais pas créer à partir du vide ou bien faire disparaître ;
- les ondes, comme le son, immatérielles, que l'on ne peut pas localiser (on
peut déterminer l'origine d'un bruit, mais on l'entend partout dans la pièce),
que l'on peut ajouter (comme deux notes s'ajoutent dans un accord de musique
-- interférence), que l'on peut créer ou annihiler (en pinçant une corde de
guitare ou en l'arrêtant).
Certains phénomènes découverts fin
XIXe-début XXe siècle concernant la lumière et
l'électromagnétisme (effet photoélectrique et corps noir) ont obligé les
physiciens à revoir ces principes ; certains phénomène ondulatoires ne
pouvaient s'expliquer qu'avec des particules, et des particules se comportaient
comme des ondes. Après est venu un problème "philosophique" : quelle
signification donner à cette notion d'onde dans le cas d'une particule
matérielles ? La probabilité de présence répondit Born.
- 1831 : Michael Faraday émet l'hypothèse de forces magnétiques
invisibles qui forment des lignes autour des aimants, c'est la naissance de la
notion physique de champs ;
- 1861 : James Maxwell met en forme les lois de l'électromagnétisme,
établies avant lui par Biot et Savart (1820), Ampère (1825) et Faraday
(1831) ; il postule que la lumière est une onde électromagnétique ;
- 1887 : Heinrich Hertz travaille sur la propagation d'ondes
électromagnétiques, et établit que celles-ci ont les mêmes propriétés que la
lumière et les ondes de chaleur, confirmant l'hypothèse de Maxwell [##] ; il découvre en même temps l'effet
photoélectrique : il génère des ondes électromagnétiques avec un
oscillateur (système avec une bobine à induction), et celles-ci créent une
étincelle à distance ; or, l'étincelle apparaît plus facilement lorsqu'il
y a de la lumière que dans le noir ; il montre que ce sont les
ultraviolets qui aident à la création de l'étincelle ;
- 1897 : J. J. Thomson découvre l'électron (cf. point III) ;
- 1900 : Max Planck, en étudiant le rayonnement du corps noir, en
déduit que l'énergie échangée est quantifiée et établit une relation entre la
longueur d'onde (la couleur) de la lumière et la quantité d'énergie de chaque
grain d'énergie ;
Philipp Lenard met en évidence le rôle de l'électron
dans l'effet photoélectrique (il n'était jusqu'alors pas évident que la charge
que perdait l'atome était quantifiée) ;
Owen Richardson et Robert
Millikan mettent en évidence le rôle de la fréquence de la lumière sur l'effet
photoélectrique ;
- 1905 : Albert Einstein propose un modèle d'énergie lumineuse
quantifiée : le photon ; ceci permet d'expliquer la quantification
des échanges d'énergie dans le corps noir et l'effet photoélectrique :
l'énergie d'un flot de lumière n'est pas répartie de manière uniforme mais
concentrée dans des "grains de lumière", les photons, emportant une quantité
déterminée d'énergie ; l'énergie d'un photon dépend de sa longueur d'onde
selon la loi établie par Planck ;
- 1923 : Arthur H. Compton remarque que la longueur d'onde des rayons X
augmente lorsqu'ils sont diffusés par des atomes légers ; la découverte
de l'effet Compton établit la nature corpusculaire des rayons X (les photons
X, grains d'énergie électromagnétique, se heurtent aux électrons des atomes
[###] et perdent un peu de leur énergie) ;
Heisenberg
propose une nouvelle manière de voir la physique, les objets n'étant plus
définis par des grandeurs mesurées (comme la position, la masse, la
température...), mais par leur interaction avec d'autres objets (observation
indirecte des atomes par diffraction, ou bien absorption et émission
caractéristique d'ondes par exemple) ;
- 1924 : Louis de Broglie émet l'hypothèse qu'à toute particule
matérielle est associée une onde ;
- 1926 : Erwin Schrödinger décrit l'évolution de la fonction d'onde
dans le temps (l'équivalent des lois de Newton en mécanique
classique) ;
Max Born donne une explication à la fonction
d'onde : elle représente la probabilité de présence d'une particule en un
endroit ;
- 1927 : Clinton Davisson et Lester Germer font diffracter des
électrons, confirmant l'hypothèse de Louis De Broglie (les électrons se
comportent comme des ondes) ;
- 1929 : Estermann et Otto Stern font diffracter des molécules lourdes
(elles se comportent elles aussi comme des ondes).
- 2001 : diffraction du fulrène (C60), une molécule d'environs 1 nm,
dont la longueur d'onde de De Broglie (2,5 pm) est 400 fois inférieure au diamètre
(Arndt, Nairz, Voss, Keller, Van der Zouw et Zeilinger, Université de Vienne).
[##] et conduit à la création de la radio :
1896, premier télégraphe sans fil de Marconi, 1901, première liaison
transatlantique | retour |
[###] il s'agit en fait d'une ionisation, le photon X éjecte un
électron faiblement lié au noyau ; en l'occurence, l'électron part à une
vitesse beaucoup plus grande que dans le cas d'un effet photoélectrique, où la
majeure partie de l'énergie sert à libérer l'électron | retour |
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III - Modèles de l'atome
Depuis l'antiquité grecque, on supposait que la matière pouvait se
fractionner en petits morceaux jusqu'à obtenir des grains indivisibles, les
atomes (gr. atomos, "ce que l'on peut diviser"), qu'elle était comme
"de la poussière dans la lumière". C'est avec l'expérience de Rutherford que
l'on atteint enfin ce grain : les particules alpha, en traversant la
matière, vont voir leur trajectoire perturbée, ce qui va permettre
enfin de savoir comment est organisée cette "poussière"...
- 1675 (hé oui, déjà !) Jean Picard observe une luminescence verte en
agitant un tube de baromètre ; on découvrira quelques siècles plus tard
que cela est dû à l'électricité statique et aux vapeurs de mercure ;
- 1854 : Geissler et Plücker découvrent les rayons cathodiques, des
rayons verts luminescents lorsque l'on établit une forte tension électrique
dans une ampoule dont on a pompé l'air (faible pression de gaz) ; ils
inventent ainsi la lampe à décharge, qui éclaire maintenant nos supermarchés
d'une lumière blanche (néons), nos rues et nos parking d'une lumière orange
(lampes au sodium) ;
- 1887 : J. J. Thomson établit que ces rayons cathodiques sont
constitués de particules chargées négativement arrachées à la matière, et
découvre ainsi l'électron ; c'est la première décomposition de
l'atome ;
- 1900 : Max Planck montre la quantification des échanges d'énergie
dans la matière (recherches sur le corps noir, cf. point II) ;
- 1911 : expérience de Rutherford : il bombarde une feuille d'or
par des particules alpha (des noyaux d'hélium, chargés positivement, obtenus
par radioactivité) ; il en déduit que :
- la plupart des particules vont en lignes droites, donc la matière est
"pleine de trous" ;
- mais certaines sont déviées et même rebroussent chemin, donc elles
rencontrent des îlots très concentrés de matière chargée positivement (les +
se repoussent entre eux) ;
il en déduit son modèle
planétaire : l'atome est constitué d'un noyau positif très petit et
d'électrons tournant autour ;
ce modèle pose un gros problème :
en tournant, les électrons devraient perdre de l'énergie par rayonnement, et
donc s'écraser sur le noyau...
- 1913 : Niels Bohr réunit les concepts de Planck et de Rutherford, et
propose son modèle :
les orbites des électrons ont des rayons définis,
il n'existe que quelques orbites "autorisées" ; ainsi, lorsque l'électron
est sur l'orbite la plus basse, il ne peut pas descendre en dessous et
s'écraser (mais ce modèle n'explique pas pourquoi) ;
- 1914 : l'expérience de Franck et Hertz (Gustav) valide le modèle de
Bohr : ils bombardent des vapeurs de mercure avec des électrons ;
l'énergie cinétique perdue par les électrons traversant les vapeurs est
toujours la même ;
- 1924 : Louis De Broglie postule la dualité onde-corpuscule ;
- 1926 : Schrödinger modélise l'électron comme une onde, l'électron
dans l'atome n'est donc plus une boule mais un "nuage" qui entoure le
noyau ; Ce modèle, contrairement aux autres, est stable car l'électron ne
perd pas d'énergie.
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Annexe A - Quelques formules
- Ondes électromagnétiques : relation entre la longueur d'onde
lambda
(en m), la fréquence
nu
(en Hz) de cette onde et la
vitesse de la lumière dans le vide c :

c est une
constante qui vaut environs 3.108 m/s (300 000 km/s)
- Loi de Planck reliant la fréquence nu
(en Hz) d'un photon et la quantité E
d'énergie (en J) qu'il emporte :

ou h est la constante de Planck,
qui vaut environs 6,6.10-34 J.s
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Annexe B - Pour en savoir plus
- Les articles "Quantum physics timeline",
"Quantum Mechanics", "Atom" et "Light"
de l'Encyclopaedia Britannica,
qui m'ont largement servi pour l'élaboration de cet historique,
qui étaient disponible gratuitement en ligne,
mais ne le sont malheureusement plus...
- Le site de l'École
Polytechnique (X)
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