Mots-clef: chute libre; frottement; air; masses différentes
Ref. mn0003
Date de dernière modification: 10/03/2001
Niveau: élémentaire/approfondi
Auteur:
lgmdmdlsr.
Balle de tennis, boule de pétanque et chute dans l'air
L'exposé est divisé en cinq parties:
1/ Quand théorie et réalité ne sont pas d'accord ...
2/ La chute libre et la chute dans l'air sont-elles identiques ?
3/ Un peu plus de détails
4/ Peut-on avoir un objet en chute libre, alors?
5/ Conclusion
1/ Quand théorie et réalité ne sont pas d'accord ...
On monte au sommet de la tour Eiffel, et on lâche une boule de pétanque et une
balle de tennis, avec un camarade en bas pour observer laquelle touche le sol en premier.
Après être descendu vous vous apercevez que la boule de pétanque a
fracassé le crâne d'un touriste innocent... Donc attention: ne pas faire cette
expérience réellement.
Depuis Galilée (1564-1642), les physiciens prétendent que si on lâche
deux corps de masses différentes alors ils touchent le sol au même moment. Or...
Si on faisait l'expérience de lâcher la balle de tennis et la boule de
pétanque du hautde la tour Eiffel, on s'apercevrait (si on lâche les deux objets
en même temps) qu'alors la boule de pétanque arrive au sol ... bien avant la balle
de tennis!
Alors, que penser?
2/ La chute libre et la chute dans l'air sont-elles identiques ?
Les physiciens ne racontent pas de bêtise. Deux corps de masses différentes
lâchées depuis la même altitude au même moment arrivent
ensemble au sol... s'ils sont en CHUTE LIBRE.
Comme l'air exerce une force sur les objets, ceux-ci ne sont pas
soumis qu'à leur poids, et ils ne sont donc pas en chute libre.
Et une étude un peu plus poussée de la chute d'un objet DANS L'AIR
(voir ci-dessous) montre que le temps de chute dépend alors de la
masse de l'objet, et de sa forme.
3/ Un peu plus de détails
Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici des détails
suplémentaires, à un niveau plus élevé (il faut connaître les lois
de Newton) sur la chute d'un objet dans l'air.
On suppose qu'on lâche les objets sans vitesse initiale; la
trajectoire est alors un segement de droite vertical (on suppose qu'il
n'y a pas de vent!).
Le référentiel d'étude est le référentiel terrestre,
supposé galiléen; le repère choisi a un axe (Oz) de direction
verticale et dirigé vers le bas.
Un objet lâché dans l'air subit 3 forces:
- son poids P
- la poussée d'Archimède F_a
- la force de frottement F_f
La poussée d'Archimède est très petite dans le cas de l'air, et sera
négligée dans la suite des calculs.
La force de frottement qu'exerce l'air dépend:
- de la surface qu'occupe l'objet dans le plan perpendiculaire au
déplacement (ce qu'on appelle la section droite)
- de la vitesse de l'objet
Elle ne dépend PAS de la masse de l'objet.
* Plus précisément (écriture algébrique, attention!):
F_f= - b V^n
- b: coefficient qui dépend des dimensions de l'objet, de la
viscosité du fluide, de la masse volumique du fluide;
- F_f: norme de la force de frottement, force de direction celle
du vecteur vitesse et de sens opposé à celui du vecteur
vitesse, (donc cette force est dirigée vers le haut dans le
cas de la chute verticale);
- V est la norme du vecteur vitesse;
- n: nombre (pas forcément entier) tel que 1 < n < 2, est un nombre
qui dépend, entre autres, du fait que la vitesse soit petite ou
grande.
Le poids de l'objet, lui, ne dépend que de la masse de l'objet:
P = m g (en norme, poids dirigé vers le bas)
En projetant sur un axe vertical Oz dirigé vers le bas, la somme des
forces est:
F_r= F_f + P (+ F_a) = -b V^n + m g ( + un terme négligé)
[F_r est une valeur algébrique]
Maintenant on considère deux objets, de surface identique et de masses
différentes (m_1 et m_2), en supposant que (1) est le plus lourd:
Pour (1): Fr_1 = -b (V_1)^n + m_1 g
Pour (2): Fr_2 = -b (V_2)^n + m_2 g
D'où les acélérations des deux objets, obtenues avec la deuxième loi
de Newton:
a_1 = -b/m_1 (V_1)^n + g
a_2 = -b/m_2 (V_2)^n + g
Au départ on lâche les objets sans vitesse initiale; alors V_i = 0 et:
Donc au début du mouvement les deux objets accélèrent de la même
façon, donc la vitesse augmente de la même façon pour les deux objets
(puisque la force de frottement est négligeable).
Quand ils commencent à avoir une vitesse conséquente, on a:
a_1 = -b/m_1 V^n + g
a_2 = -b/m_2 V^n + g
Mais
m_1>m_2
D'où:
1/m_1 < 1/m_2
soit:
-b/m_1 > -b/m_2
soit:
-b/m_1+g > -b/m_2+g
Soit:
a_1 > a_2
(rappel a_i >=0)
Dès que les objets commencent à aquérir de la vitesse, l'objet (2) le
plus léger subit une accélération vers le bas moins grande que celle
de l'objet lourd, lequel va donc acquérir une vitesse plus élevée,
donc arriver plus vite en bas.
4/ Peut-on avoir un objet en chute libre, alors?
Est-ce que l'on pourrait quand même observer le mouvement de chute
libre de la balle de tennis et de la boule de pétanque? D'après ce
qu'on a vu ci-dessus, le problème vient de l'air.
a/ Comme on peut mettre Paris en bouteille avec des "si", si on en
profite pour faire le vide dans la bouteille alors il n'y a plus d'air
à la tour Eiffel et les deux objets touchent le sol au même moment...
b/ De façon plus réaliste on peut faire le vide dans un "tube de
Newton": un tube contenant une plume et une bille en métal, relié à
une pompe à vide Ce tube se tient vertical. Si on le retourne alors
qu'il contient de l'air, la plume touche le fond du tube longtemps
après la bille. Mais si on fait le vide, alors les 2 objets ont
exactement le même mouvement et touchent le fond du tube au même
moment!
c/ Si on n'a ni pompe à vide ni imagination (...) on peut s'en sortir
en prenant 2 objets denses, lourds et aérodynamiques, et en les
faisant tomber d'une altitude pas trop élevée (par exemple le premier
étage d'un immeuble), ce qui revient en fait à négliger la force due à
l'air devant le poids (ce qui est valable si les objets ne vont pas
trop vite, s'ils ne sont pas trop encombrants et s'ils sont
suffisamment lourds).
d/ On peut diminuer la vitesse atteinte, en utilisant des plans
inclinés et en se débrouillant pour diminuer au maximum les
frottements solides entre les objets et la table. Le fait d'utiliser
des plans inclinés diminue en effet la valeur de l'accélération due à
la pesanteur. Comme les objets vont moins vite la force de frottement
est plus petite, et peut devenir négligeable devant la force due à
l'attraction terrestre (qui n'est pas dans ce cas égale au poids).
C'est d'ailleurs ce qu'a fait Galilée (l'expérience des deux boules
lâchées du haut de la tour de Pise est probablement une légende...)
5/ Conclusion
Les physiciens ont raison d'affirmer que deux objets de masses
différentes en chute libre arrivent en même temps au sol. Toutefois
les conditions nécessaires pour avoir une chute libre sont loin d'être
respectées autour de nous, à cause de l'air, ce qui a tendance à être
oublié.
La difficulté de se débarrasser de l'effet de l'air (entre autres...)
permet d'expliquer que les hommes ont mis du temps avant de découvrir
les lois fondamentales, tel le principe d'inertie.
NOTES
[1] En toute rigueur un objet en chute libre n'est soumis qu'à la
force d'attraction gravitationnelle, et le poids n'est pas tout-à-fait
égal à cette force. Toutefois on ne distinguera pas ici le poids
de la force d'attraction gravitationnelle due à la Terre.
[2] L'air exerce deux types de forces:
- la poussée d'Archimède, qui est exercée par un fluide sur tout
corps plongé dans ce fluide; cette force, dirigée vers le haut
existe même si l'objet est immobile par rapport au fluide;
Toutefois, dans l'exemple cité dans cet article, la poussée
d'Archimède devient vite négligeable devant l'autre force:
- la force de frottement fluide, qui n'existe que si l'objet est
en mouvement par rapport au fluide; c'est de cette force que
l'on parle dans cet article.